Pourquoi les hôpitaux seraient au bord de la rupture sans le personnel de l’UE

Pourquoi les hôpitaux seraient au bord de la rupture sans le personnel de l’UE

Le système de santé suisse repose aujourd’hui, dans une large mesure, sur des médecins et du personnel soignant venus de pays voisins ou plus lointains. Sans leur contribution, préviennent les acteurs du secteur, le système risquerait de s’effondrer.

Par Eva Novak 

La croissance des volumes dans le système de santé, qui entraîne une hausse des primes d’assurance-maladie, n’est pas contestée. Mais celle‑ci n’est pas due aux résidents étrangers : elle s’explique par les progrès médicaux et par les attentes croissantes d’une population vieillissante. Associations de médecins et de soignants, hôpitaux, caisses-maladie, cantons et Confédération s’accordent donc sur un point : pour garantir les soins, l’apport de la migration est indispensable.

Depuis plus de dix ans, la Suisse forme moins de 30 % de ses médecins. Selon les chiffres les plus récents de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), publiés en mai 2025, 70 % des quelque 4'000 nouveaux diplômes de médecin reconnus chaque année proviennent de l’étranger. Sans eux, le système ne fonctionnerait pas. « Nous dépendons des médecins des pays voisins, car sans eux l’offre médicale s’effondrerait », déclare Yvonne Gilli, présidente de la Fédération des médecins suisses (FMH).

La situation est similaire dans le domaine des soins infirmiers, où la pénurie de personnel s’aggrave à l’échelle européenne. Selon l’Observatoire suisse de la santé, près de 22 % du personnel de soins et d’accompagnement disposait en 2023 d’un diplôme étranger — une proportion en augmentation.

Plus un hôpital est proche de la frontière, plus la part de personnel non suisse est élevée. À l’Hôpital universitaire de Bâle, près de la moitié des collaborateurs sont de nationalité étrangère. À l’Hôpital universitaire de Zurich (USZ), 3 528 employés originaires de l’espace UE/AELE travaillaient à la fin de l’année, soit environ un tiers de l’effectif total. Parmi eux, 51,3 % exerçaient dans le corps médical et 37,3 % dans les soins, selon l’USZ.

Dans le canton de Soleure, pour citer un autre exemple, ces proportions sont certes un peu plus faibles. Mais là aussi, une couverture médicale complète ne serait « plus garantie » sans le personnel issu de l’UE/AELE, a récemment averti le Conseil d’État. En réponse à une interpellation parlementaire, il a énuméré toute une série de conséquences possibles : de fortes pertes de qualité, des délais d’attente plus longs pour les patients et une hausse des coûts de la santé.

Au sein du groupe hospitalier bernois Insel, environ un quart du personnel provient de l’étranger, principalement de l’espace UE/AELE. La pénurie persistante de personnel qualifié est déjà qualifiée de « défi majeur », qui s’aggraverait encore si l’accès au marché du travail suisse devenait plus difficile.

La pénurie de main‑d’œuvre qualifiée est l’une des raisons pour lesquelles les cantons rejettent l’initiative sur la durabilité. Selon la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé (CDS), celle‑ci « porterait gravement atteinte au système de santé et aggraverait encore la pénurie de personnel déjà existante ».

L’UDC exige que la Suisse forme davantage de spécialistes sur son propre sol, comme elle l’affirme dans son dernier journal de parti. Mais cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, après des années de formation insuffisante de médecins. Il faut d’abord augmenter le nombre de places de formation, afin que davantage d’étudiants puissent entamer des études de médecine et suivre ensuite une formation de spécialiste. « Nous perdrons au minimum une décennie, voire quinze ans », estime la présidente de la FMH, Yvonne Gilli.

Entre‑temps, Thomas de Courten relativise ses propos. Interrogé à ce sujet, il écrit qu’un mois et demi plus tard, et après consultation du dernier rapport du SECO sur le marché du travail, il formulerait aujourd’hui son affirmation ainsi : « Dans le domaine des professions de la santé et du social, il existe encore un potentiel considérable de main‑d’œuvre indigène. Plus de 10 000 personnes à la recherche d’un emploi sont actuellement inscrites auprès de l’assurance‑chômage. Il est justifié d’exercer une pression accrue sur les hôpitaux afin qu’ils exploitent mieux ce potentiel, plutôt que d’encourager l’immigration de main‑d’œuvre étrangère. »

En revanche, Thomas de Courten maintient son affirmation selon laquelle l’initiative aurait un effet modérateur sur le nombre de patients. Il n’existe certes aucune donnée à ce sujet. Il semble toutefois plausible que moins de patients étrangers aient recours aux hôpitaux suisses si l’immigration diminuait. Mais il est permis de douter que le système de santé en soit réellement soulagé.

En effet, une étude de l’Office fédéral de la statistique publiée l’été dernier montre que les ressortissants étrangers génèrent des coûts plus faibles à la charge de l’assurance‑maladie obligatoire que les assurés suisses — en moyenne 28 % de moins, soit environ 1 000 francs par personne et par an. Cela s’explique notamment par la structure d’âge : la population suisse vieillit, et les coûts de santé augmentent fortement au cours des dernières années de vie. À l’inverse, de nombreux migrants sont plus jeunes — et quittent souvent le pays avant d’atteindre un âge critique.